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COP21 : « Relever le défi d’une énergie renouvelable et enfin partagée »

Publié par Vincent JACQUES le SEIGNEUR le 17/12/2015

Tribune publiée sur lemonde.fr le 17 décembre 2015 co signée par Hervé Gouyet, président d’Électriciens sans frontières et Vincent Jacques le Seigneur, président de la Fondation Énergies pour le Monde. Pour voir l’article en ligne : http://www.lemonde.fr/cop21/

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A la COP 21, la question de l'énergie dans les pays du sud a été négligée. Les populations les plus touchées par les dérèglements climatiques en sont pourtant les moins responsables et revendiquent, bien légitimement et de façon urgente, l’accès à l’électricité.

S’il ne fallait retenir que deux chiffres dans les données nombreuses qui se sont échangées comme autant de vérités définitives pendant les négociations de la COP 21, ce seraient « 1,2 milliard » d’hommes et de femmes privés d’électricité dont « 70 % » vivent en milieu rural. Et s’il y a un coup de gueule à pousser dans le consensus général, c’est pour dénoncer le fait que les énergies renouvelables ne font qu’une apparition tardive dans le projet de résolution finale1, et seulement dans ses attendus, alors que c’est bien un des enjeux de l’adaptation à la crise climatique.

L’accès à l'énergie, c’est d’abord la possibilité pour tous de disposer, a minima, de façon fiable et abordable d’un équipement de cuisson salubre et d’une connexion électrique leur mettant à disposition 250 kWh/an pour un foyer rural soit 5 % de la consommation d’un foyer européen ! Mais, déjà à ce stade, la vigilance s’impose car la notion d’accès à l’électricité est particulièrement équivoque : elle peut recouvrir un accès de quelques heures par jour et des coupures fréquentes ; elle peut aussi se traduire par une simple source lumineuse portable ou une recharge de téléphone, solutions vite insuffisantes.

Avec l’électricité, il s’agit d’apporter un service non seulement domestique et social mais aussi économique. Car seul le développement d’activités économiques garantit l’émergence d’un opérateur local et la pérennisation du service électrique car tous les acteurs ont alors un intérêt à agir. A l’inverse, l’absence d’accès à l’électricité a un coût. Un coût humain quand elle provoque le départ du personnel enseignant et médical des villages pour les grandes villes à la recherche de meilleures conditions de travail, quand elle oblige une mère à accoucher sous les feux d’une lampe torche ou quand elle contraint au puisage quotidien de l’eau faute de pompe automatisée. Un coût économique quand la production agricole pâtit de l’absence de système d’irrigation performant et sûr, quand les téléphones portables sont déchargés et quand toute activité s’arrête à 18h, faute de lumière. Un coût sanitaire et environnemental quand les populations se tournent vers des énergies fossiles, polluantes et nocives pour la santé, telles que les lampes à pétrole et le bois de feu. Un coût en termes d’insécurité enfin lorsque la nuit vient à tomber…

Changement de paradigme

Le constat fait consensus, alors pourquoi n’avoir rien fait ?

Il est courant d’invoquer des risques génériques - politiques, économiques, voire juridiques. Mais il y a surtout une difficulté propre au secteur de l’électricité : les coûts de production dépassent de très loin les faibles capacités de paiement des populations visées qui vivent avec moins de 2 $ par jour, C’est pourquoi il est vain de croire qu’une nouvelle politique de prêts avec des taux défiant toute concurrence permettra de répondre aux besoins. Si l’accès à l’électricité en milieu rural doit bien sûr être payant, les investissements nécessaires doivent être, eux, portés majoritairement par de l’aide sans retour, des dons ou des subventions. Mais force est de constater que le compte n’y est pas. Il faudrait environ 50 Md$/an jusqu’à 2030 pour l’électrification de l’Afrique subsaharienne quand les fonds mobilisés sont au mieux dix fois inférieurs à cet objectif.

Et ce n’est pas tout. En milieu rural, l’accès à l’électricité requiert un changement de paradigme. Plutôt que de dupliquer des modèles électriques centralisés inadaptés aux territoires à faible densité de population, il faut privilégier l’étude des spécificités géographiques, sociales et économiques locales pour élaborer, avec les populations, des solutions performantes et durables. Les avancées dans le solaire, l’éolien ou le petit hydraulique, les usages des LED, la gestion intelligente de smart-grid et le stockage, font des systèmes électriques décentralisés des solutions pertinentes pour de nombreuses zones rurales éloignées de tout réseau. Là où de telles unités existent, elles ont démontré leur capacité à délivrer une électricité fiable, suffisante et à un coût inférieur aux solutions diesel.

Pour relever un tel défi, il faut faire émerger des opérateurs de proximité, développer la micro-finance, utiliser des moyens de paiement numériques, et privilégier le partenariat entre des initiatives privées et un soutien des pouvoirs publics. Notre connaissance intime du terrain, les liens que nous avons noués au cours des années tant avec les pouvoirs publics locaux qu’avec les associations de terrain, notre capacité à mobiliser sur de tels enjeux, le retour d’expérience tant sur les technologies mises en œuvre qu’en matière de formation des opérateurs et de suivi sont nos atouts.

Depuis trente ans, notre expérience de terrain en Afrique mais aussi en Asie et en Amérique latine prouve que des solutions existent. La catharsis de la COP 21 doit voir naître une grande coalition d’acteurs -collectivités, entreprises, états et ONG-, afin de relever le défi d’une énergie renouvelable et enfin partagée.

Hervé GOUYET, président d’Électriciens sans Frontières

Vincent JACQUES le SEIGNEUR, président de la Fondation Énergies pour le Monde

 

1 « Reconnaissant la nécessité de promouvoir l'accès universel à l’énergie durable dans les pays en développement, en particulier en Afrique, à travers le déploiement accru des énergies renouvelables »

A Stellenbosch, dans la province du Cap-Occidental (Afrique du Sud).

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